(Matthieu, ch 4, v.1)
Le mot carême est la contraction du latin quadragesima qui signifie quarantième. Le premier des quarante jours est le mercredi des Cendres , (cette année le 25 février), le quarantième est le jour de Pâques. Il s'agit de quarante jours sans compter les dimanches. Donc, une période de 46 jours. La veille du mercredi des Cendres, c'est le mardi gras avant les jours de jeûne et d'abstinence qui vont suivre. La pénitence semble avoir existé dès le quatrième siècle, les obligations qui y sont en principe liées étant appliquées avec de moins en moins de rigueur.
Le mardi gras n'est pas une fête chrétienne. Il termine le Carnaval, qui signifie : suppression de la viande. Son usage est très compréhensible : si l'on a beaucoup fait bombance, la première semaine de privations sera plus facile à supporter.
Le mercredi des Cendres a pour objectif de rappeler à l'homme qu'il n'est que poussière. A partir du XIIème siècle la tradition s'établit de brûler ce jour là les branches de buis pieusement conservées depuis le dimanche des Rameaux de l'année précédente. Les cendres ainsi constituées et bénies sont appliquées par le prêtre sur le front des pénitents. Cette imposition est complétée par deux versets au choix du célébrant : Genèse 3. 19 ou Marc 1. 15.
Selon le catéchisme catholique le jeûne auquel sont astreints toutes les personnes majeures jusqu'à l'âge de 59 ans, qui consiste à ne faire qu'un vrai repas au milieu de la journée, et l'abstinence, à laquelle sont astreints tous les croyants à partir de l'âge de 14 ans, qui consiste à ne pas manger de viande, restent très recommandés et prescrits le mercredi des Cendres et le vendredi Saint.
De nos jours le mode de pénitence est devenu libre, l'objectif étant de lutter contre ce qui aurait tendance à nous rendre esclave. Il s'agit aussi d'un temps où l'attention est particulièrement portée sur les plus démunis. L'idée est qu'il ne s'agit pas seulement de se priver, qu'il est mieux de faire profiter les pauvres des économies consécutives à ces privations. Cette pratique du Carême est en rapport étroit avec les quarante jours que Jésus passa dans le désert pour y être tenté par le diable, au commencement de son ministère. Le passage de l'évangile lu le premier dimanche de Carême est toujours ce récit.
L'évangile de Matthieu n'y va pas par quatre chemins. Selon lui, c'est pour qu'il soit tenté que le Saint-Esprit conduit Jésus dans le désert. Une sorte d'épreuve initiatique avant d'entrer dans son ministère. Diable signifie : « qui divise » (dia-bolos). Le contraire du symbole (syn-bolos), « qui rassemble ». Si Marc ne dit rien des conversations entre Jésus et le diable, Matthieu et Luc nous indiquent clairement que le but du tentateur est de séparer le Fils du Père. Et ce au moyen de textes bibliques !
Il suffit de regarder l'émiettement de l'Eglise pour se rendre compte que le diable n'a pas totalement raté son coup chez les chrétiens, même s'il a échoué avec le Christ. Car toutes les racines des divisions doivent être recherchées dans la division fondamentale, qui est la séparation d'avec Dieu, ce que nous appelons le péché. Lorsque nous nous divisons, nous signifions que nous n'avons pas le même Dieu, ou au mieux que nous en privilégions chacun un aspect particulier. La rivalité mimétique, chère à René Girard, se trouve presque toujours vérifiée : plus les proximités sont grandes, plus la bataille est violente. Ainsi, nous nous entendons en général très bien avec les catholiques, car leur théologie est assez éloignée de la nôtre pour que nous ne craignions pas la confusion ou la concurrence. Il est fréquent qu'on s'entende mieux avec son cousin qu'avec son frère.
Après les quarante jours, Jésus sort du désert et les anges lui apportent à manger. Il peut s'engager dans son ministère. Le tentateur a perdu la partie.
Serge OBERKAMPF
Copyright © Eglise Reformée Saint-Germain-en-Laye 2009 - Mentions légales